14 Nov 2017

La médiation est un humanisme

Pourquoi devient ton médiateur ?

De nombreux participants ou clients me posent la question de mes motivations ou mon parcours.

Mon histoire familiale a fait  que j’ai longtemps fait partie de ces personnes que le conflit ne laisse pas indifférent, des médiateurs spontanés, qui cherchent en prêtant une oreille directe à la personne concernée, à éviter les constructions de murs d’incommunicabilité tellement épais qu’ils semblent parfois indestructibles.

Le conflit suppose une relation entre deux individus, une interdépendance qui est le propre des relations familiales, sociales et des relations dans l’entreprise. De l’ordre de l’émotionnel et du relationnel, le conflit touche la personne dans son identité. Comment dire ce qui nous a blessé, heurté, comment faire ce travail d’introspection et d’analyse quand les émotions ont pris le contrôle et que l’autre est tenu pour entièrement responsable de la situation ?

Une écoute respectueuse et équitable

La médiation va chercher, dans l’écoute centrée sur l’autre, les représentations, les souffrances, les besoins non respectés de chacune des parties pour en explorer les conséquences inter-relationnelles et les incidences sur le conflit. Le médiateur, en les reformulant dans leur « essence », hors du registre de la plainte ou du reproche, les rend «audibles» aux deux parties et permet deux choses :

– Une meilleure compréhension de soi-même, une autre écoute de soi-même

– La possibilité pour l’autre partie de comprendre la situation telle qu’elle est vécue et les réactions affectives et/ou émotionnelles qu’elle suscite.

L’écoute respectueuse et équitable des deux parties, le souci d’impartialité permet de ré-ouvrir un champ de communication « suffisant » pour aborder les aspects plus concrets de la solution et de la projection dans l’avenir.

Une morale personnelle

Jeune adulte, j’ai lu  « L’existentialisme est un humanisme » de Jean-Paul Sartre. Ce texte simple et facile d’accès m’a éclairée et profondément marquée.

Il a posé les fondements de la personne que je suis devenue en servant de base à la morale personnelle qui m’anime. Pour citer Sartre, la première démarche de l’existentialisme est de mettre tout homme en possession de ce qu’il est et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de son existence. 2 points fondamentaux pour moi et dans l’exercice de mon métier :

– Il n’y a pas de nature humaine, ce que l’on pourrait appeler du fatalisme fonctionnel (je suis comme cela et je ne changerai pas, c’est à prendre ou à laisser). Tout homme est susceptible de changer.

– La responsabilité individuelle dans ce que nous faisons en tant qu’homme social avec une certaine dimension de l’engagement : chaque homme, dit Sartre, engage l’espèce humaine toute entière par les choix qu’il va faire : je suis partie prenante du collectif, par mon comportement je « fais » la société. Ceci associé à un élément fort de la morale kantienne : ma conduite n’est bonne que si elle est généralisable à tous les hommes.

Pour être en conflit, il faut être au moins deux…

La médiation ne peut être « une vocation ». C’est d’une certaine manière une discipline humaniste qui suppose à la fois présence et distance attentives (je suis le lien entre les personnes en conflit et je ne suis pas dans le conflit). Plus largement, j’ai la conviction que l’éthique de la médiation prend racine dans les exigences humanistes (confiance en l’homme, liberté, responsabilité…).

La médiation place l’homme au centre de sa réflexion. Elle s’appuie sur la conviction que les hommes sont libres d’agir, de penser, de mener à bien leur projet, leur existence, et de trouver eux-mêmes des solutions à leurs propres conflits. Elle part alors du postulat que les personnes ont toutes les capacités et les compétences pour imaginer des solutions à leurs problèmes en dehors d’un cadre légal ou moral. La médiation intègre dans son principe le libre consentement des parties disposées à entreprendre une discussion rationnelle pour dépasser leurs oppositions.

Exprimer son libre arbitre sans contrainte

En revisitant le conflit sous un autre éclairage, le médiateur permet à la personne de reconnaître sa responsabilité. En effet pour être en conflit, il faut être au moins deux… Cette conception permet de sortir les parties d’une vision manichéenne de la relation conflictuelle. Une autre lecture de la maxime des juristes romains de l’antiquité « suum cuique » : donner à chacun son dû en termes de responsabilité, mais aussi d’écoute, de respect et de prise en compte de ses besoins. En aidant à la prise de décision éclairée de chacun, de manière autonome et responsable elle permet le choix : choisir librement une nouvelle orientation, être conscient de son choix et de son engagement, seul levier pour que l’accord puisse s’appliquer, vivre et perdurer. La médiation vise une résolution des conflits par le dialogue ou chaque partie prend le temps d’exprimer son libre arbitre sans contrainte, dans un esprit de dignité, d’indépendance et de responsabilité.

 

 

 

 

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