20 Oct

Une médiation réussie doit-elle amener à pardonner ?

Au cours des cycles de formation à la médiation, j’ai été amenée à me poser la question : une médiation réussie doit-elle naturellement amener les personnes à pardonner. J’ai donc choisi le livre de Jacques Ricot, « Peut-on tout pardonner », pour explorer ce sujet.

Mise en perspective vis-à-vis de la médiation :

Avec Socrate et Sénèque, Jacques Ricot revisite avec le lecteur les origines du Pardon, les conditions du Pardon (s’il y en a) puis les cas de « réconciliation nationale » (amnistie, amnésie) et leurs limites, et enfin  « l’imprescriptible » comme le nomme V. Jankélévitch (la Shoa).

Son approche intemporelle se fonde sur une suite de réflexions, de questions ou il apparaît que le pardon ne peut résulter que d’une démarche individuelle où tout s’avère possible.

Son propos délibérément optimiste sur l’Homme, lui permet d’affirmer qu’il n’y a pas de zone de l’impardonnable même si sa conviction est que la justice constitue le socle du pardon et notamment la sanction qui permet la double reconnaissance de la victime et du bourreau.

La médiation se définit ainsi*: l’activité selon laquelle une personne ou partie tierce, ayant une position neutre, assiste au moins deux parties dont elle cherche à comprendre les positions respectives (demandes, ressentis, représentations). Elle vise à atteindre un accord ou une explication, ayant des conséquences concrètes, en vue de l’intérêt commun.

Ainsi, dans la dynamique de médiation il n’y a pas de recherche à proprement parler de victime ou de bourreau. Il n’y a pas d’évaluation au regard du droit ou de la morale des agissements de chacun des protagonistes, le médiateur n’est pas un juge.

Dans la médiation, il ne s’agit pas de pardonner ou d’annuler les faits. Pardonner considère toujours la culpabilité de l’agresseur.

Le concept d’exonération proposé par Boszormenyi-Nagy dans son ouvrage intitulé l’Approche Contextuelle proche cependant de celui du pardon s’inscrit plus justement dans le processus de médiation.

L’exonération est la dispense totale ou partielle d’une charge, d’une obligation.

La médiation vise l’exonération par la compréhension dans son sens littéral ; « saisir par l’esprit l’action, le comportement de l’autre, en entrant dans ses raisons, ses mobiles participer à sa manière de voir, de réagir ».

C’est par la compréhension, par le partage interactif des difficultés de chacune des parties que l’exonération mutuelle peut s’opérer. Ce processus me semble fondamental dans la dynamique de médiation. Par l’exonération il s’agit de sortir du sentiment d’agression en gagnant une sorte de libération dans l’exploration des mécanismes qui ont générés le conflit. Cela doit amener chaque partie à se recentrer sur sa responsabilité, son fonctionnement propre, son modèle du monde.

Elle permet alors aux parties de se tourner vers une résolution active du problème, à égalité de positionnement, d’engagement et de responsabilité.

* source Wikipedia.org

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